Les espaces d’Abaraxas à Noisy-le-Grand : enchevêtrés

De Brazil (http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19352259&cfilm=142.html) au futur Hunger Games, rien d’étonnant à ce que les espaces d’Abraxas, conçus par l’architecte Ricardo Bofill au début des années 1980 dans le quartier du Mont d’Est à Noisy-le-Grand, aient inspiré et inspirent toujours les réalisateurs de films de science-fiction. Dans la vraie vie, ils sont « Gotham city » et « Alcatraz » pour certains, « une cité pas comme les autres » pour d’autres. Pour moi, ils ont toujours été associés à des amis de ma famille, vivant à Noisy. Ils symbolisaient la fin imminente de notre trajet en voiture et constituaient des portes d’entrées imposantes depuis l’autoroute A4 vers le grand Est francilien. Entre monumentalité et enfermement, menaces de démolition et bouleversements urbains à venir, allons démêler l’enchevêtrement bofillien !

Séquencité

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L’utopie

Réalisés au début des années 1980, les espaces d’Abraxas s’inscrivent dans la structuration de la ville nouvelle de Marne-la-Vallée, territoire comprenant 26 communes, dont Noisy-le-Grand. Au milieu des années 1960, en réponse à la croissance massive et désordonnée de l’agglomération parisienne, l’Etat planificateur lance la politique des villes nouvelles. Cinq secteurs stratégiques sont définis : Sénart, Saint-Quentin-en-Yvelines, Marne-la-Vallée, Evry et Cergy. L’objectif est clair : faire de la région francilienne un espace polycentrique (éviter la concentration unique à Paris). C’est le temps des grands projets.

Les espaces d’Abraxas sortent de terre 20 ans après les débuts de la politique des villes nouvelles. Les premières difficultés dans les grands ensembles s’esquissent déjà. Ricardo Bofill, architecte espagnol né en 1939, s’oppose à l’architecture de la Reconstruction, celle des tours et des barres. Dans ses projets, il recherche la mixité des fonctions, la référence à l’échelle humaine et la qualité et l’esthétique des espaces publics. Il s’inscrit dans un mouvement assez général dans les années 1980 consistant à rechercher l’originalité et à faire des « œuvres » architecturales. Au Mont d’Est, la monumentalité est affirmée ! Inspiré par l’Antiquité et le style néo-classique, Bofill construit « trois pièces d’une place théâtralisée, fermée sur l’extérieur, au centre de laquelle se trouve une arche » (http://www.lemonde.fr/societe/visuel/2014/02/08/en-seine-saint-denis-les-illusions-perdues-d-une-utopie-urbaine_4360634_3224.html). Au total, ce sont 610 logements qui sont produits.

Pièce 1 : le Théâtre Ce demi-cercle de huit étages est exclusivement occupé par des propriétaires. La façade sur rue (côté boulevard du Mont d’Est) est plus lisse et plus massive que celle sur cour, où le bâtiment est rythmé par des bow-windows formant des colonnes de verre.

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Pièce 2 : le Palacio Bâtiment emblématique, il comprend plus de 400 logements, habités par des propriétaires et des locataires, notamment du parc social. Côté face : d’imposantes colonnes, l’affirmation de la verticalité, mais aussi des séquences horizontales, sortes de modules que l’on aurait envie de tourner comme les pièces d’un rubik’s cube ! Pas de verre comme sur le Théâtre mais des variations de couleurs et des éléments de modénature. Côté pile, à l’intérieur du bâtiment, du béton toujours, mais plus chaud, plus ocre, un jeu de coursives et d’escaliers et quelques éléments de mobilier urbain.

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Pièce 3 : l’Arche Entre le Théâtre et le Palacio, elle n’abrite qu’une vingtaine de logements. Héritière de la tour des architectures panoptiques pour certains, elle constitue le bâtiment central des espaces d’Abraxas et s’inscrit dans la percée visuelle et piétonne créée par Bofill, de l’allée du clos des Aulnes au boulevard du Mont d’Est.

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Au cœur des trois pièces : la place des Fédérés – Ce vaste espace central se compose de gradins végétalisés rappelant les théâtres anciens, et de quelques arbres. Au cœur des espaces d’Abraxas tournés sur eux-mêmes, l’impression d’être à la vue de tous domine. Sentiments d’enfermement, d’oppression ? Certainement un peu, mais peut-être autant que dans une enfilade de cours d’immeubles parisiens…

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Les illusions perdues

Malgré leur architecture originale, les espaces d’Abraxas n’ont pas échappé à la dégradation (tristement) classique des immeubles de grands ensembles. Les habitants dénoncent le manque d’investissements de la part des bailleurs sociaux et de la municipalité. Le plus frappant est sans doute la déqualification des espaces publics, notamment l’allée du clos des Aulnes, transition entre le Palacio et le parking du centre commercial des Arcades.

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Dans un récent entretien au Monde (http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/02/08/ricardo-bofill-je-n-ai-pas-reussi-a-changer-la-ville_4359887_3224.html), Ricardo Bofill, interrogé sur les ratés de son opération reconnaît : « Pour moi, c’est une expérience unique et finie et je ne l’a répéterai jamais car j’ai vu les conséquences que ça entraîne. » Selon lui, les causes des dysfonctionnements sont multiples : le déficit d’équipements et de commerces (bien qu’une école et un centre commercial se trouve à proximité immédiate du site, les espaces d’Abraxas leur tournent leur dos) et, plus étonnant, « le manque d’esprit communautaire propre à la France. » L’architecte regrette que les populations ne se soient pas mélangées. Ce discours n’est pas inintéressant dans la mesure où il met en lumière la pluralité des causes des dégradations mais il semble réducteur et difficilement acceptable de rejeter la faute sur les habitants… D’autant plus que certains d’entre eux sont porteurs d’initiatives pour améliorer leur cadre de vie et valoriser leur espace d’habitation. En février 2013 a été créée l’association de défense des intérêts des habitants du Palacio d’Abraxas (ADIPHA). L’objectif : « assurer aux habitants, adhérents de l’association, la défense de leur environnement, éviter toute implantation, toute spoliation et/ou expropriation, tout projet ou toute manifestation apportant quelque nuisance que ce soit, et favoriser toute initiative visant à améliorer le cadre de vie et la sécurité des habitants. » L’une de leurs actions : l’installation de photographies du site sur les murs intérieurs du Palacio, permettant d’apporter, par une mise en abyme, un autre regard sur leur lieu de vie.

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La dégradation des espaces d’Abraxas a conduit à envisager leur démolition, dans le cadre des projets lancés par l’Agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU). Des réflexions ont été menées dès 2006. En 2013, lors d’une réunion publique, Michel Pajon, maire, évoquait les problèmes de sécurité et les difficultés à assurer une surveillance efficace, liées, selon lui, à l’architecture des bâtiments. Pour Bofill (toujours dans son entretien pour le Monde), démolir serait une « aberration », un « manque de culture ». Cela serait « comme si on démolissait la cité radieuse à Marseille ». Comparaison peut-être un peu excessive mais qui a le mérite d’être claire.

Fin de partie ou nouvel acte ?

Dans le contexte du projet de restructuration du quartier du Mont d’Est, en lien notamment avec la construction en cours d’un collège-lycée international, on est loin de la fin de partie pour les espaces d’Abraxas ; c’est plutôt le début d’un nouvel acte !

Changement de décor En 2005, la Région Ile-de-France choisit un site à cheval sur les communes de Bry-sur-Marne et de Noisy-le-Grand pour y implanter un vaste collège-lycée international. Les collégiens ont déjà pris possession des lieux tandis que les premiers lycéens feront leur rentrée en septembre. Ce nouvel établissement scolaire fait face au Théâtre d’Abraxas et devrait conduire à des aménagements du boulevard du Mont d’Est, permettant de lui donner un caractère plus urbain.

Le développement du collège-lycée international s’inscrit dans un projet plus vaste de requalification de l’ensemble du quartier du Mont d’Est. Mené par la municipalité, il vise à renforcer le maillage et les circulations, à développer un pôle d’équipements et de services, les Portes des Paris, et à dynamiser l’offre commerciale. Une concertation a été lancée et des premiers éléments ont été présentés aux habitants et usagers du territoire en mars, mai et juin. Le projet repose sur la création d’une percée Est-Ouest, nouvelle colonne vertébrale du quartier, permettant de relier le pôle multimodal (RER, gare routière) au collège-lycée international et au futur palais des congrès (d’environ 2 500 places). L’environnement immédiat des espaces d’Abraxas va donc être profondément transformé : démolition du groupe scolaire du clos des Aulnes, construction du palais des congrès et d’un hôtel, création d’un nouvel espace public majeur, la place du parc, et démolitions partielles de constructions liées au centre commercial.

Ville de Noisy-le-Grand, document de concertation, juin 2015

Ville de Noisy-le-Grand, document de concertation, juin 2015

Ville de Noisy-le-Grand, document de concertation, juin 2015

Ville de Noisy-le-Grand, document de concertation, juin 2015

Ville de Noisy-le-Grand, document de concertation, juin 2015

Ville de Noisy-le-Grand, document de concertation, juin 2015

Tensions naissantes et interrogations Le projet n’est pas encore arrêté mais les débats sont déjà vifs. Certains habitants des espaces d’Abraxas regrettent vivement la démolition envisagée de l’école du clos des Aulnes. Quant au devenir du Théâtre, du Palacio et de l’Arche, il semble difficile d’imaginer qu’aucuns travaux d’amélioration ne soient réalisés. La suite à au prochain acte !

Parce que ça vaut le coup…

…D’aller se faire son propre avis sur cette architecture si particulière, prenez le RER A et descendez à l’arrêt Noisy-le-Grand Mont d’Est. Les espaces d’Abraxas sont à peine à 10 minutes à pied.

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2 commentaires

  1. Bonjour, je souhaite visiter les espaces d’Abranax de Noisy-le-Grand mais je n’arrive pas à trouver d’autre station de RER que celle de Noisy-le-Grand-Mont d’Est et pourtant quand je suis allée voir les Arènes de Picasso, sis à cet arrêt du RER A, les Espaces d’Abranax étaient visibles depuis la station de RER mais me paraissaient trop éloignés pour y aller à pieds depuis la station. Pouvez-vous m’indiquer un autre moyen d’y accéder pour un piéton, par transports en commun, s’il-vous-plais ? Merci beaucoup !

    1. Bonjour Albane,
      La station de RER Noisy-le-Grand Mont d’Est est bien la station la plus proche pour se rendre aux espaces d’Abraxas. Lors que j’y étais allée, j’y étais descendue. J’avais ensuite pris le boulevard du Levant, la rue du centre et le boulevard du Mont d’Est. En espérant que vous puissiez y accéder ainsi.
      Bien cordialement
      Louise

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